Cancer : Pourquoi les tumeurs agressives du cerveau progressent-elles le plus chez les jeunes ?

Cancer : Pourquoi les tumeurs agressives du cerveau progressent-elles le plus chez les jeunes ?

 

Les glioblastomes, un type de cancer agressif du cerveau, a vu son incidence le plus progresser en vingt ans chez les 15-39 ans. « 20 Minutes » fait le point sur les résultats d’une étude et les précautions à prendre, avec deux scientifiques

L’essentiel

  • À l’occasion de la semaine du cerveau, du 10 au 16 mars, 20 Minutes revient sur un chiffre. Selon une étude, un type de tumeurs du système nerveux central a vu son incidence le plus augmenter en quinze ans en France métropolitaine, parmi les adolescents et jeunes adultes.

  • Les glioblastomes, cancers agressifs et qui évoluent rapidement, ont vu leur incidence augmenter de 6,11 % en moyenne par an, selon cette étude qui associe notamment Santé publique France, l’Institut du cancer, et est soutenue par la Ligue contre le cancer.

  • Qu’est-ce que ces tumeurs ? Pourquoi rester prudent avec les chiffres relevés par cette étude ? Quelles hypothèses pourraient expliquer leur progression ? Les réponses des scientifiques interrogés par 20 Minutes.

Organe extraordinaire, tel le chef d’orchestre de notre corps, notre cerveau réunit les informations et renvoie des messages à nos membres, par exemple pour retirer votre main de la casserole bouillante, parler à votre voisin ou vous souvenir de votre fête d’anniversaire… A l’occasion de la semaine du cerveau, du 10 au 16 mars, 20 Minutes revient sur un chiffre : un certain type de tumeur du système nerveux central a vu son incidence le plus augmenter entre 2000 et 2020 en France métropolitaine parmi les 15-39 ans. Les glioblastomes ont vu leur incidence augmenter de 6,11 % en moyenne par an chez les adolescents et les jeunes adultes, selon une récente étude associant Santé publique France, l’Institut national du cancer, avec le soutien de la Ligue contre le cancer.

Qu’est-ce qu’un glioblastome ? Pourquoi parle-t-on de tumeur agressive ? Pourquoi rester prudent avec le chiffre de 6,11 % de progression par an ? Quelles sont les hypothèses à propos de l’origine des glioblastomes chez les jeunes ? 20 Minutes fait le point avec deux scientifiques, le docteur Emmanuel Desandes, du registre national des tumeurs solides de l’enfant à Nancy et auteur de l’étude de Santé publique France, et le docteur Claire Morgand, directrice de la direction de l’observation, des sciences de données et de l’évaluation à l’Institut national du cancer (INCa).

Qu’est-ce qu’un glioblastome ?

« Concernant le glioblastome, c’est un type morphologique de tumeurs du système nerveux central, qui se localise principalement dans le cerveau, précise le docteur Emmanuel Desandes. C’est un cancer qui touche un type de cellules très particulières, des cellules qui soutiennent et protègent les neurones. » Cette tumeur est qualifiée d’agressive. « On est dans un endroit fermé, la boîte crânienne, et cela aura un impact majeur sur le cerveau, détaille le docteur Claire Morgand. Elle se développe rapidement, et s’étend dans plusieurs zones du cerveau en même temps. »

Cependant, la maladie reste « assez rare » dans la population générale, soit 20 % des près de 5.900 cancers du système nerveux central diagnostiqués par an selon l’INCa, et encore plus chez les jeunes. Selon le docteur Emmanuel Desandes, « elle ne représente que 10 % des tumeurs du système nerveux central. On rencontre préférentiellement ce cancer chez les personnes plus âgées. La moyenne d’âge au moment du diagnostic tourne autour de 65 ans ».

Evolution des classifications internationales

Selon cette étude, les glioblastomes ont progressé de 6,11 % par an, soit la plus forte progression entre 2005 et 2020. Emmanuel Desandes, du registre national des tumeurs solides de l’enfant, précise que les résultats de cette étude doivent être interprétés avec prudence. Elle porte sur 24 % du territoire national et sur des petits effectifs, soit 233 cas de glioblastomes entre 2005 et 2020. Par ailleurs, les classifications internationales sur les tumeurs du système nerveux central ont évolué à trois reprises, en 2007, 2016 et 2021. « Ces évolutions ont-elles produit une augmentation artificielle de l’incidence de ce cancer ? » s’interroge le scientifique.

Pourquoi ce type de cancer du cerveau progresse-t-il chez les jeunes ? Alors que l’obésité représenterait une explication probable des cancers du système digestif, les scientifiques interrogés insistent sur le fait qu’on ne peut émettre que des hypothèses à propos des glioblastomes. « Leur origine reste peu connue, souligne le docteur Emmanuel Desandes. Certaines études ont émis des hypothèses sur des facteurs intrinsèques, tels que l’ethnie, le sexe, les facteurs génétiques et les antécédents familiaux de gliomes. Il y a aussi des hypothèses sur des facteurs extrinsèques, comme des radiations ionisantes, ou des facteurs de risques environnementaux, notamment l’hypothèse des pesticides ou des champs électromagnétiques. »

Des hypothèses et des facteurs de risques connus

A propos des facteurs d’exposition environnementale, « aujourd’hui, on n’a pas les données suffisantes pour pouvoir faire des liens de causalité réelle entre exposition environnementale et cancers, précise le docteur Claire Morgand. C’est la difficulté, même si on se doute bien que cette exposition fait probablement partie des facteurs de risques ». La scientifique rappelle cepedant qu’« il ne faut pas perdre de vue les facteurs de risques usuels : le tabac, l’alcool, l’alimentation déséquilibrée, la sédentarité qui peuvent notamment favoriser l’apparition du surpoids et de l’obésité, qui sont les premiers facteurs de risques du cancer. Ce sont des facteurs de risques évitables, car on peut agir dessus ». Près de la moitié des nouveaux cas de cancers pourraient être évités chaque année en France, en adaptant nos habitudes de vie.

Notre dossier sur le cancerSi l’augmentation des glioblastomes a déjà été détectée par une précédente étude entre 1990 et 2018, d’autres analyses auront à confirmer ou infirmer ces résultats, notamment chez les adolescents et jeunes adultes. A noter que l’Institut national du cancer participe au Cancer Grand Challenge, un consortium international, qui finance des lauréats dans le cadre de projets spécifiques qui visent à comprendre pourquoi et comment ces cancers apparaissent plus précocement dans l’âge, à identifier les facteurs de risque ainsi que les facteurs moléculaires impliqués dans leur développement.

20 Minutes

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