Le cancer de l’appendice en hausse chez les jeunes: “L’évolution de nos modes de vie joue un rôle très important”

Le cancer de l’appendice est rare, mais il devient de plus en plus fréquent chez les jeunes générations. Selon une étude américaine, les millennials sont déjà quatre fois plus susceptibles d’en être atteints que leurs grands-parents. Mais qu’est-ce que le cancer de l’appendice et comment le reconnaître? L’oncologue Jeroen Dekervel, de l’hôpital universitaire de Louvain, expert pour Het Laatste Nieuws, nous l’explique.
Un groupe de recherche américain a découvert que le cancer de l’appendice est significativement plus fréquent chez les jeunes. “Avec ce cancer, les cellules de la paroi de l’appendice se multiplient de manière incontrôlable et forment une tumeur”, explique le docteur Jeroen Dekervel, oncologue gastro-intestinal. “Cette tumeur peut persister dans l’appendice, mais les cellules cancéreuses peuvent également se propager et provoquer des métases
“L’étude montre que le nombre de patients aux États-Unis est trois fois plus élevé chez la génération X (née entre 1965 et 1980, NDLR) et jusqu’à quatre fois plus élevé chez les millennials (nés entre 1981 et 1996, NDLR) que chez les personnes nées dans les années 1940. Ces chiffres viennent de l’analyse d’une vaste base de données américaine contenant des informations sur les patients atteints de cancer nés entre 1891 et 1999.”
Selon le docteur Dekervel, l’étude est intéressante et fiable, mais des recherches supplémentaires sont nécessaires. “Maintenant que l’on sait que ces générations sont plus susceptibles d’être touchées par le cancer de l’appendice, les chercheurs doivent étudier quels facteurs environnementaux peuvent jouer un rôle.”
Rare, mais inquiétant
“Le cancer de l’appendice reste une maladie rare”, souligne le spécialiste. “Il n’existe pas de chiffres officiels en Belgique, mais on estime que 70 à 80 personnes développent cette maladie chaque année. C’est très peu comparé au cancer du côlon ou du sein, par exemple.”
“L’augmentation du cancer de l’appendice s’inscrit dans un contexte plus large. À l’échelle internationale, on constate que les jeunes générations développent plus souvent des cancers de l’estomac et du côlon, et que le cancer du pancréas est également en hausse. En Belgique, ce phénomène est moins prononcé pour l’instant, mais nous n’excluons pas que cette augmentation soit également visible chez nous ultérieurement.”
Pourquoi les jeunes générations sont-elles plus à risque?
Les chercheurs ne savent pas encore pourquoi le cancer de l’appendice est plus fréquent chez les jeunes générations. “Cette augmentation est en partie due à un recensement plus précis”, explique le docteur. “Auparavant, l’origine des cancers métastatiques n’était pas toujours identifiée. Grâce à des scanners plus performants, nous pouvons désormais identifier plus clairement un cancer de l’appendice et l’inclure dans les statistiques. Pourtant, on constate une réelle augmentation.”
“Il n’existe pas de cause évidente pour le cancer de l’appendice – comme le tabagisme pour le cancer du poumon – mais des soupçons subsistent. Nos nouvelles habitudes alimentaires jouent probablement un rôle. Non seulement nous mangeons davantage, mais nous consommons aussi plus de calories et d’aliments ultratransformés. Nous bougeons également moins qu’avant. Je ne parle pas d’exercice, mais de marche ou de mouvements quotidiens. De nos jours, nous restons assis beaucoup plus souvent.”
Selon l’oncologue, l’âge est le seul facteur de risque connu. “Le cancer est avant tout une maladie du vieillissement. Plus une personne vieillit, plus son risque de cancer de l’appendice augmente. Ce qui m’inquiète, c’est que cette étude montre que deux générations plus jeunes présentent déjà un risque accru. Elles ont encore plus de temps à vivre, ce qui signifie que l’âge deviendra un facteur de risque encore plus important à l’avenir.”
Des symptômes uniquement en cas de métastases
“Le cancer de l’appendice est difficile à détecter à un stade précoce”, explique le docteur Dekervel. “Aucun symptôme spécifique n’indique directement cette maladie. Le cancer de l’appendice est souvent découvert par hasard, par exemple lors d’une ablation de l’appendice après une infection, ou lors d’un scanner en raison d’autres problèmes de santé.”
“Habituellement, des symptômes évidents n’apparaissent qu’en cas de métastases, tels que des douleurs abdominales, des ballonnements, une perte de poids inexpliquée, des nausées ou une sensation de satiété rapide. Cependant, ces symptômes ne sont pas propres à ce cancer; ils surviennent également avec d’autres maladies ou cancers gastro-intestinaux.”
Chimiothérapie ou chirurgie
Comme il s’agit d’un cancer rare, peu de recherches ont été menées sur des traitements spécifiques. “C’est pourquoi nous utilisons souvent des thérapies pour des tumeurs similaires et plus fréquentes, comme le cancer du côlon”, explique-t-il.
“Si la tumeur ne s’est pas propagée, l’appendice est toujours retiré chirurgicalement. En cas de métastases limitées, nous essayons d’enlever la plus grande partie possible de la tumeur. Si cela n’est pas possible, le patient reçoit généralement la même chimiothérapie que pour le cancer du côlon. Chez ces personnes, la guérison est souvent impossible, et le traitement vise à ralentir la croissance de la tumeur.”
Que faire pour prévenir le cancer de l’appendice?
“En théorie, une ablation préventive de l’appendice permet de prévenir le cancer de l’appendice”, explique enfin le spécialiste. “L’appendice n’a pas beaucoup d’utilité: il contient des ganglions lymphatiques qui contribuent à renforcer le système immunitaire, mais on peut parfaitement s’en passer. Cependant, je ne recommande pas une telle intervention préventive. Le risque de développer ce cancer est extrêmement faible, et la chirurgie comporte toujours des risques, aussi minimes soient-ils.”
“Ce que je recommande, ce sont les règles générales d’un mode de vie sain: une activité physique suffisante, une alimentation saine et, surtout, une consommation réduite de calories et d’aliments ultratransformés. Cela réduit le risque de nombreuses maladies, même s’il n’y a aucune garantie de ne jamais développer un cancer de l’appendice. Heureusement, il s’agit d’une affection rare pour l’instant.”
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