Comment surmonter le choc de l’annonce d’un cancer ?

Comment surmonter le choc de l’annonce d’un cancer ?

 

À l’occasion d’Octobre rose, le mois de lutte contre le cancer du sein, le Mag de la vie quotidienne se demande comment affronter l’annonce d’un cancer, ce moment charnière où tout bascule ? Comment traverser ce séisme existentiel ? Comment trouver la force de se battre contre la maladie ?

L’annonce du cancer, c’est un moment charnière où tout bascule. C’est un avant et un après qui marque à vie le patient et son entourage. Comment faire face à ce véritable séisme existentiel ? Sachant qu’en France, une personne se voit diagnostiquée un cancer toutes les minutes, il est fondamental de trouver le plus d’armes intérieures pour traverser au mieux cette épreuve.

Gérer le choc existentiel de l’annonce

L’oncologue et radiothérapeute Violaine Forissier commence par souligner l’enjeu essentiel de puiser de l’énergie au cœur de cette tempête physique et émotionnelle, tant l’annonce du cancer vient vraiment chambouler toute une vie : « On pensait qu’on avait toute la vie devant soi, que le corps n’allait pas nous trahir et soudainement, on se voit annoncer une maladie dont la consonance nous évoque tout de suite la mort. Et il faut pouvoir trouver les armes pour pouvoir traverser cette épreuve, ne pas se sentir isolé, de maintenir le lien avec la vie pour pouvoir traverser la maladie« .

Elle ajoute que le suivi doit être progressif, pour permettre au patient de mieux accueillir ce traumatisme et de trouver les ressources nécessaires : « C’est singulier pour chaque patient. Aujourd’hui le corps médical accompagne progressivement cette annonce pour que la personne puisse l’accueillir. Ça reste un traumatisme à partir du moment où le mot est posé et le fait d’avoir une temporalité qui accompagne va permettre que ce soit un petit peu plus doux. On annonce une suspicion, première étape. Ensuite, des examens complémentaires qui affirment le résultat du cancer. Avant l’annonce de comment répondre à cette maladie, c’est vraiment quelque chose de progressif qu’on accompagne. Cet accompagnement progressif permet de poser le mot et de mieux se préparer« .

Témoignage de Christophe André : l’onde de choc et le double mouvement intérieur

Le médecin, psychiatre et psychothérapeute a lui-même dû faire face à un cancer du poumon, à l’âge de 59 ans, et il a souhaité mettre son expérience à profit pour proposer dans son livre une « boîte à outils » pour aider les personnes atteintes d’un cancer à traverser ce grand bouleversement existentiel, de l’annonce jusqu’à la guérison. Il décrit quelle a été pour lui l’intensité du choc et le temps nécessaire pour l’intégrer : « Un tel évènement est si fort émotionnellement que c’est comme une sortie de route brutale qu’on peine à comprendre. J’étais à la fois sidéré, mais pas complètement non plus. J’avais beau avoir vu venir la mauvaise nouvelle, j’étais dans un état second qui fait qu’heureusement les dispositifs d’annonce se font en plusieurs étapes. Secoué, j’étais sujet à toute une succession de pensées, la mort, la disparition, la tristesse de quitter la vie. C’est l’énorme paradoxe de l’annonce qui nous évoque à la fois la mort et nous rappelle à quel point c’est génial d’être en vie. C’est un double mouvement qui vous anime. Je suis tellement perturbé que je me rends compte qu’il vaut mieux ne rien faire, simplement respirer, méditer face à ce tumulte intérieur. Tout naturellement, la détresse brasse toutes vos émotions douloureuses, mais qu’il faut mettre à profit pour mieux traverser cette épreuve et ne surtout pas se laisser dévorer par la culpabilité et les idées sombres« .

Lutter contre la culpabilité et l’anxiété face à la maladie en maintenant les liens

La Docteure Violaine Forissier explique comment elle gère la colère et la question lancinante du « pourquoi moi » chez ses patients, en insistant notamment sur l’aspect non individuel de la maladie : « Il peut y avoir une multitude d’émotions liées à la question qui nous hante, ce ‘pourquoi moi’, parce qu’on se rend compte que le cancer, c’est vraiment une maladie avec plusieurs origines, et il ne faut surtout pas s’en vouloir, ce n’est pas de notre fait, ça nous tombe dessus. Il ne suffit pas d’avoir un facteur de risque pour avoir un cancer. Il faut se rendre compte que ce n’est pas quelque chose d’uniquement individuel, c’est très collectif, entre le mode de vie, l’environnement, plein de choses rentrent en compte« .

Face à la fréquence des symptômes anxieux ou dépressifs, elle insiste sur l’importance fondamentale de l’entourage, du maintien du lien à la vie, et de l’aide spécialisée si le traumatisme est trop difficile à surmonter : « Pour affronter cette traversée, il faut qu’on garde le cap de cette traversée du cancer, essayer un maximum d’équilibrer ses émotions, il faut avoir des supports dans son entourage, s’accrocher aux choses qui nous retiennent à la vie, faire des choses qu’on aime. L’entourage est central, et si le traumatisme de l’annonce est beaucoup trop dur à surmonter, il ne faut vraiment pas hésiter à aller consulter un spécialiste, un psychiatre, un psychologue parce qu’une fois de plus, le moment de l’annonce peut être un moment traumatique et avoir des séquelles, on reste extrêmement anxieux, ce qui est susceptible de réactiver le traumatisme. C’est une période extrêmement sensible et fragile qui demande aussi une attention particulière ».

Radio France

Scroll to Top