Très à la mode, le tatouage augmenterait de 29 % votre risque de mélanome cutané
Alors que près d’un Français sur cinq est tatoué, une nouvelle étude suédoise interroge sur un possible impact des encres sur la santé de la peau. Ses résultats, ajustés sur les principaux facteurs de risque connus, soulèvent des questions importantes pour les personnes concernées.Une équipe suédoise vient pourtant de publier dans l’European Journal of Epidemiology la première grande étude nationale qui s’intéresse à ce sujet. En s’appuyant sur des milliers d’adultes, elle met en évidence un risque de mélanome cutané plus élevé chez les personnes tatouées que chez les autres, même en tenant compte de l’exposition au soleil et d’autres facteurs connus. De quoi relancer le débat.
Tatouages et mélanome : que révèle l’étude suédoise sur le cancer de la peau ?
Les chercheurs ont identifié 2 880 personnes âgées de 20 à 60 ans diagnostiquées avec un mélanome cutané en 2017 dans le registre national suédois des cancers, puis, pour chacune, trois témoins de même âge et de même sexe. En 2021, tous ont reçu un questionnaire sur la présence de tatouages décoratifs, cosmétiques ou médicaux, leur taille et leurs couleurs, l’âge du premier tatouage, mais aussi l’exposition au soleil, l’usage de cabines UV, le type de peau et le tabac.
Au total, 5 695 personnes ont répondu, dont 1 598 atteintes de mélanome. La prévalence du tatouage était de 21 % dans l’échantillon, avec 22 % de tatoués parmi les cas contre 20 % chez les témoins. Après ajustement pour les principaux facteurs de risque, les auteurs ont observé un risque de mélanome accru de 29 % chez les personnes tatouées, un sur-risque qui restait présent quand on ne considérait que les premiers diagnostics ou en excluant les patients sous traitement immunosuppresseur.
Durée du tatouage, encres utilisées : comment le risque de mélanome varie
Les personnes tatouées depuis 10 à 15 ans présentaient le sur-risque le plus marqué, avec une augmentation d’environ 67 %, alors que celles tatouées depuis moins de 5 ans affichaient déjà un excès de risque proche de 60 %, bien que ala fiabilité de ces statistiques restent discutables (les écarts de confiance étant très larges). La taille totale des tatouages, en revanche, ne s’accompagnait pas d’une hausse nette du risque dans cette étude.
Le type d’encre semble compter : les tatouages combinant encre noire ou grise et encres colorées étaient associés à un risque de mélanome accru de 38 % par rapport aux personnes non tatouées. Les encres noires contiennent souvent des hydrocarbures aromatiques polycycliques cancérogènes et de nombreux pigments colorés, parfois chargés en métaux lourds, sont des azoïques qui peuvent se dégrader en amines aromatiques toxiques sous l’effet des UV ou du laser. Seuls 30 % des mélanomes des personnes tatouées siégeaient sur une zone tatouée, et une réglementation européenne limite depuis janvier 2022 la concentration de 4 000 substances dans les encres, même si des contrôles relèvent encore des dépassements.
Tatouage et cancer de la peau : comment interpréter ce risque de 29 % ?
Pour les auteurs, le tatouage devient un facteur à intégrer dans le risque global de cancer de la peau, loin derrière le soleil dont l’effet sur le mélanome est estimé deux à cinq fois plus fort. L’étude reste observationnelle et ne prouve pas un lien de cause à effet, mais elle rejoint une autre étude suédoise publiée en 2024 dans eClinicalMedicine, qui suggère un risque de lymphome malin augmenté d’environ 20 % chez les personnes tatouées.
Une autre étude suédoise n’a en revanche pas mis en évidence d’excès de carcinome épidermoïde cutané chez les tatoués, un cancer très lié aux UV, ce qui renforce l’idée d’un rôle possible des encres sur le système immunitaire. Pour les personnes tatouées, ces données invitent surtout à rester attentif : en France, la cohorte Constances et le projet CRABAT suivent un nombre important d’adultes tatoués, tandis que les spécialistes rappellent l’importance de protéger sa peau des UV et de la faire examiner régulièrement.
- Rietz Liljedahl, E., Nielsen, K., Engfeldt, M. et al. Does tattoo exposure increase the risk of cutaneous melanoma? A population-based case-control study. Eur J Epidemiol (2025). https://doi.org/10.1007/s10654-025-01326-6
- Nielsen, C., Jerkeman, M., & Jöud, A. (2024). Tattoos as a risk factor for malignant lymphoma: a population-based case–control study. EClinicalMedicine, 72, Article 102649. https://doi.org/10.1016/j.eclinm.2024.102649
